THE BRIDGE – De la santé du dirigeant à celle de son entreprise et de ses salariés

La santé des dirigeants est corrélée aux facteurs de stress liés à son activité dans le contexte économique actuel aux incidences fortes sur eux comme sur leurs collaborateurs. Les études montrent que le bien-être des dirigeants repose non seulement sur la maitrise de leur engagement inhérent à leur activité de manager/pilote social, économique et politique mais aussi sur la possibilité de compter sur leurs équipes. Santé de l’entreprise, santé du dirigeant, santé des managers, santé des salariés sont intimement liées. Quand l’un va mal, les autres vont mal, quand l’un va bien les autres ne peuvent qu’aller mieux.

Article élaboré pour l’animation d’une table ronde, en partenariat avec Harmonie Mutuelle et le cabinet SOREGOR, sur le thème Santé des dirigeants, santé de l’entreprise pour la croisière « The Bridge », juin 2017.
Par Xavier Michel[1], Nicolas Schmit[2], Noël Barbu[3]

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Résumé

Le stress, étroitement lié à la relation travail et santé, survient lors d’un « déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face ». Le travail s’est endurci dans un contexte néo-libéral d’hyper compétition. Les dirigeants sont les premiers exposés.

C’est généralement la dégradation concomitante de plusieurs déterminants du travail qui conduit à une situation de stress, empêchant l’activité et conduisant à la perte d’équilibre, voire la « chute ». Le manager organise son activité de plus en plus souvent en mode projet favorable à la créativité et la prise de hauteur, pilote par les chiffres et le reporting, individualise les performances et subit les assauts des audits divers et variés. Cela peut produire de l’incertitude, de l’individualisme au détriment de la reconnaissance, de l’appartenance sociale, du sens au travail et de l’identité professionnelle.

Le dirigeant est soumis à une demande psychologique très importante : quantité de travail, concentration fréquemment interrompue, zapping permanent d’une activité à l’autre. Il fait face grâce à sa latitude décisionnelle, des activités variées et créatives, le développement de ses compétences. Aussi exaltantes soient-elles dans un contexte favorable, ces latitudes peuvent engluer le manager dans des contraintes croissantes (marché, règles), des moyens limités (financements, compétences) et une perte de sens.

L’enjeu du bien-être des managers repose sur un engagement maîtrisé au regard de leur santé, sur le fait de compter sur leurs équipes et donc sur le bien-être de ces dernières, pour la bonne santé de leur entreprise.

Un dirigeant en souffrance, absorbé et stressé par les contraintes de son marché et son développement commercial, finit par se déconnecter de la réalité de terrain, mettre en danger ses managers de proximité et lui-même. L’absence d’espace d’échanges et de confrontations des points de vue sur l’avenir politique, social, industriel et commercial de l’entreprise et des années de conditions de travail difficiles peuvent mettre à plat l’équipe dirigeante, les équipes et l’entreprise. La volonté de modernisation d’un dirigeant d’une entreprise menacée par la concurrence internationale, portée par une direction et une équipe managériale enthousiaste, ne peut s’absoudre du bien-être de ses équipes, d’une politique en santé et sécurité, de formation et de dialogue social.

« Plus la taille de l’entreprise est petite, plus le capital santé du dirigeant est important et, de ce fait, constitue un risque croissant en cas de défaillance »[4], aux conséquences beaucoup plus graves que pour les grands groupes. Les « stresseurs » spécifiques des dirigeants sont la pérennité de l’entreprise, les exigences entrepreneuriales, les pressions managériales, techniques et de marché ainsi que le manque de reconnaissance.

Le sentiment d’isolement des « petits patrons » s’explique par le poids des responsabilités, l’absence de reconnaissance à la différence des « grands patrons », l’absence d’écoute des administrations, les préjugés des syndicats, la difficulté à s’entourer, le manque de moyens pour du conseil, l’absence d’alter ego, les difficultés de trésorerie, la conciliation vie privée/vie professionnelle.

Le dirigeant n’est pas un acteur de l’entreprise comme les autres. Il incarne l’entreprise qui porte une dimension sociale et politique. Il a un rôle essentiel à jouer pour les faire vivre, s’interroger sur les enjeux liés à la qualité de vie au travail, la sienne et celle de ses collaborateurs.

Si les études d’Olivier Torrès montrent que les dirigeants sont en meilleure santé que leurs salariés, l’accroissement de contraintes externes fortes combinées à un déficit de soutien peut conduire à des situations dommageables. La considération qu’un dirigeant peut avoir de lui-même et de sa vulnérabilité peut avoir une incidence importante sur sa capacité à appréhender la santé des autres, celle de ses collaborateurs, afin de les placer en situation de confort pour leur permettre de s’engager pour l’entreprise.

Le dirigeant devrait travailler sur lui-même, son hygiène de vie, prendre le temps du recul, car le stress (à ne pas confondre avec un travail actif) est facteur de dégradation du discernement et de la relation aux autres avant d’être l’antichambre de la maladie. Ce travail sur soi permet de mobiliser les énergies autour de soi et de maîtriser les dimensions productives, sociales et politiques d’une organisation à même de réagir aux exigences complexes et aux aléas d’une société mondialisée.

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[1] Fondateur de Resecum, cabinet conseil en management
[2] Consultant et coach en direction d’entreprise au cabinet Resecum.
[3] Vice-président Développement et partenariats économiques – Affaires Financières de l’université de Nantes, enseignant-chercheur en sciences de gestion.
[4] Thomas Lechat, Olivier Torrès (2016) « Les risques psychosociaux du dirigeant de PME : typologie et échelle de mesure des stresseurs professionnels. » RIPME vol. 29 n°3-4.